La consommation d'alcool en France diminue régulièrement depuis plusieurs décennies . Si l'on se réfère aux données de vente de boissons alcoolisées, la consommation moyenne d'alcool pur par habitant est passée de 10,3 litres en 2002 à 9,3 litres en 2003 . Cette diminution est particulièrement nette pour les ventes de vin, qui ont décru de 14 % entre 2002 et 2003.
En 2005, cette baisse de la consommation s'inscrit dans un contexte où la lutte contre les usages à problème a reçu le renfort d'une politique volontariste en matière de sécurité routière et de la mise en place du Plan cancer, deux chantiers présidentiels déclarés prioritaires pour la période 2002-2007.
En outre, la loi relative à la politique de santé publique datant du 9 août 2004 prévoit plusieurs mesures de renforcement de la législation de lutte contre l'alcoolisme, ainsi qu'une série de dispositions visant à intensifier l'information sur les risques induits par la consommation d'alcool durant la grossesse. Ces dernières mesures concordent, quant à elles, avec la définition d'une politique d'amélioration des conditions de vie des handicapés et de lutte contre le handicap — l'alcoolisation f½tale représentant pour sa part la première cause non génétique de handicap mental chez l'enfant .
Ce sont là divers éléments qui concourent à replacer la question de l'alcool au centre du débat public et à intensifier la prise de conscience collective sur les risques sociaux et sanitaires d'une consommation excessive. La loi du 9 août 2004 a également proposé que soit étudiée l'organisation d'états généraux de lutte contre l'alcoolisme.
Le Plan gouvernemental de lutte contre les drogues illicites, le tabac et l'alcool poursuit, pour 2004-2008, son objectif de diminution de la consommation moyenne d'alcool par habitant . Pour atteindre cet objectif, les mesures de santé publique et les dispositions législatives devront sans doute s'appuyer sur un travail de réflexion portant sur les normes de l'usage d'alcool en France. Cet effort doit porter sur les représentations sociales positives liées à l'alcool, encore très largement perçu comme un produit de consommation banal plutôt que comme un psychotrope. Mais il doit également interroger le tabou, la difficulté de dialogue qui entoure le problème de l'alcool dès lors qu'il est question d'un usage problématique voire d'une dépendance au produit.
Or, de toute évidence, l'alcool continue à avoir un impact considérable sur la santé publique en France. Sa consommation excessive est à l'origine de 14 % des décès masculins (1 homme sur 7) et de 3 % des décès féminins, ce qui en fait la deuxième cause de mortalité évitable . À l'échelle européenne, la France connaît la plus forte surmortalité masculine liée à l'alcool, de 30 % supérieure à la moyenne européenne.
Dans ce contexte, les résultats du Baromètre santé 2005 étayent le constat d'une évolution des comportements des Français vis-à-vis de l'alcool : la réduction de la consommation s'accompagne d'un changement des modes de consommation. Ces observations constituent un premier jalon dans la compréhension du phénomène d'alcoolisation en France, qu'il faut pouvoir appréhender dans toute sa complexité pour poursuivre une politique de santé publique efficace dans le domaine.
En 2005, 84,8 % des Français interrogés âgés de 12 à 75 ans déclarent avoir consommé au moins une boisson alcoolisée au cours de l'année. La consommation d'alcool reste plus fréquente chez les hommes : si 13,7 % des Français disent en avoir consommé tous les jours, les hommes sont presque trois fois plus nombreux dans ce cas que les femmes (20,3 % vs 7,3 %). L'écart entre les sexes est aussi très marqué en termes de quantités bues : les hommes qui déclarent consommer de l'alcool ont bu en moyenne 2,6 verres dans la journée lors de la dernière consommation, contre 1,8 verre pour les femmes.
Le vin reste la boisson alcoolisée la plus consommée : parmi les individus ayant consommé de l'alcool au cours des douze derniers mois, 77,2 % ont bu du vin au moins une fois dans l'année, tandis que 56,2 % ont bu un alcool fort et 53,2 % de la bière. Le vin est aussi la boisson la plus consommée quotidiennement : 12,7 % des consommateurs de l'année en ont bu tous les jours, contre 2 % pour la bière et 0,8 % pour les alcools forts.
Plus d'une personne interrogée sur sept (14,4 %) déclare avoir été ivre au cours des douze derniers mois, ce comportement étant nettement plus fréquent parmi les hommes et les jeunes générations.
Selon le test Deta, 9,4 % de la population (13,8 % des hommes et 5,0 % des femmes de 12 à 75 ans) présenteraient des signes d'usage potentiellement problématique.
La consommation d'alcool a diminué en France depuis la dernière enquête réalisée en 2000, aussi bien la consommation quotidienne que les quantités déclarées ; toutefois, les proportions d'individus ayant été ivres au cours de l'année ou ayant potentiellement un usage problématique d'alcool sont restées stables.